ELOHIM
Le mot Elohîm, selon André Chouraqui, découle d’une racine sémitique « El » qui veut dire de façon prosaïque « force ». Elohîm en est ainsi le pluriel. Elohîm, nom aux sonorités pluriel, exprime de fait une pluralité de majestés, de puissances ou de forces. Cette notion apparaît très clairement quand on considère « l’alephbéit », pour ainsi dire, l’alphabet de la langue hébraïque. Les lettres de l’alephbéit s’appellent en hébreu « ôt » (pluriel otôt), et « ôt » se traduit en français par « signe », dans le sens de « puissances, miracles ou prodiges ». Du coup, on réalise que chaque « ôt » se rapporte à quelque chose d’autre que la lettre qu’il désigne. En l’occurrence, la force créatrice qu’il représente et que symbolise la lettre. Le signifiant ou le nom en hébreu ne désigne pas de façon arbitraire les choses signifiées comme dans les autres langues, en l’occurrence le français, mais plutôt l’essence même de leur création. En fait, chaque lettre de l’alephbéit, loin d’être abstraite, a un sens qui lui est propre mais aussi une valeur alphanumérique. La première lettre de l’alephbéit aleph (valeur numérique 1), par exemple, signifie « bœuf », la seconde béit (2), « maison », la troisième gimel (3), « chameau », la quatrième dalet (5), « porte », et ainsi de suite. Le Lashôn Ha Kodèsh, littéralement la langue sacrée - l’hébreu de la Tora - est la seule langue au monde dotée d’une pareille adéquation entre le signifiant et le signifié.
Bien que le nom Elohîm exprime une pluralité de majesté, de forces ou d’énergies, il se conjugue toujours au singulier. Elohîm étant la source de toutes les forces célestes, il va sans dire que chacune des vingt-deux lettres ou « ôt » de l’alephbéit se réfère directement à la personne d’Elohîm. Les choses en Lashôn Ha Kodèsh ne sont donc pas appelées arbitrairement mais le sont sur la base des forces spirituelles qu’elles représentent, ou disosn des lettres qui les constituent. C’est ce qui fait toute la subtilité, la particularité et le génie de l’hébreu biblique. C’est même pourquoi le premier verset de la Bible hébraïque commence par : Béréshit Bara Elohîm Et Ha Shamayim Véet Ha Aretz, littéralement : « Entête (ou au commencement) Elohîm créait les ciels et la terre. » (Genèse 1, 1). Car l’auteur du Béréshit voulait bien faire comprendre à ses auditeurs que l’Univers visible et invisible a été crée sur l’action concertée et conjuguée de toutes les forces créatrices de l’Univers réunies en une seule entité appelée Elohîm. Elohîm est ainsi le nom par lequel le Créateur se révèle en premier à l’humanité. On remarquera que c’est un peu plus tard dans la Tora qu’apparaît le nom ineffable YHVH, révélé dans toute sa splendeur à Moshé sur la montagne sacré.
Dans les Ecrits de la Bessora Tova (dans l’Evangile), on remarque également que l’Adôn Yeshoua, pour parler de son Père, utilise volontiers non pas le nom ineffable YHVH (Hashem Adonaï) mais lui préfère Elohîm, le Père. En effet, l’Adôn Yeshoua avait conscience que toute la plénitude des forces créatrices réunies dans le Rouah Ha Kodèsh, le Souffle d’Elohîm ou le Souffle de vérité résidait en lui, prenant de fait part à la nature d’Elohîm. D’où l’attribut de Ben Elohîm – Fils d’Elohîm - à lui donné. Et cet attribut est également valable pour nous qui avons adhéré à Yeshoua Ha Mashiah, suivant qu’il est écrit : « À tous ceux qui le reçoivent, il a donné le pouvoir de devenir enfants d’Elohîm, à ceux qui adhèrent à son Nom, nés eux non du sang, non de vouloir de chair, non de vouloir d’homme, mais d’Elohîm.» (Jean 1, 12-13). Aussi, l’Adôn Yeshoua nous invite-t-il, tout comme lui, à participer pleinement par l’adhérence à son Nom, qui signifie « Yah sauve », à la nature d’Elohîm.
En effet, dans les Ecrits sacrés, plus précisément dans la lettre aux Hébreux, on remarque qu’Elohîm le Père appelle aussi son Fils, Elohîm :« Mais pour le Fils (Elohîm le Père dit) : "Ton trône, Elohîm, pour les pérennités de pérennités, verge de rectitude, la verge de ton Royaume. Tu as aimé la justice, tu as haï la non-Tora; aussi Elohîm, ton Elohîm, t’a messié à l’huile d’exultation plutôt que tes compagnons." » (Hébreux 1, 6-9).
Le Mashiah Yeshoua, comme l’indique son Nom, est la droite par laquelle Elohîm sauve l’humanité - et là je m’adresse à des personnes averties ! - L’Adôn Yeshoua est le canal d’expression par excellence d’Elohîm. Yeshoua est, pour ainsi dire, le corps d’Elohîm. Oui, Elohîm est la tête qui veut, pense et ordonne. Et Yeshoua, lui, est le corps qui agit, selon qu’il est écrit : « Mais je veux que vous le sachiez: la tête de tout homme, c’est le messie; la tête de la femme, c’est l’homme; la tête du messie, c’est Elohîm.»(1 Corinthiens 11, 3). C’est ce mystère-là qu’explique Yohanân en ces termes assez mystérieux : « Entête, lui, le logos et le logos, lui, pour Elohîm, et le logos, lui, Elohîm (…) Le logos est devenu chair. Il a planté sa tente parmi nous. Nous avons contemplé sa gloire, gloire comme celle d’un fils unique auprès du père, plein de chérissement et de vérité.» (Jean 1, 1 ; 14).
Logos signifie « parole vivante » en grec. Il traduit le mot « davar » en hébreu. Et « davar » en hébreu signifie également « objet ». Un autre mot hébreu possède aussi le sens d’objet : « khéphets » (lire réfets) et signifie également « désir ». Dans la pensée hébraïque, un objet, une chose, une création est avant tout un désir qui est voulu, pensée et enfin réalisé. C’est la réalisation d’un désir, d’une pensée qui est une « parole vivante » en hébreu.
On comprend alors que l’Adôn Yeshoua est la manifestation physique du désir d’Elohîm le Père de sauver l’humanité. Elohîm qui réunit en lui toutes les puissances créatrices, ne pouvant venir sur terre au risque de la détruire - la terre étant son marchepied - envoya pour ce faire son image visible, l’Adôn Yeshoua suivant qu’il est écrit : « Oui, Elohîm aime tellement l’Univers qu’il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui adhère à lui ne périsse pas, mais ait la vie en pérennité. Non, Elohîm n’a pas envoyé le Fils dans l’univers pour juger l’Univers, mais pour que l’Univers soit sauvé par lui.» (Jean 3, 16-17). Ou encore : « C’est pourquoi, venant dans l’Univers, il (Yeshoua) dit : "Sacrifice et offrande, tu n’en veux pas; mais tu m’as muni d’un corps. Montées et sacrifices pour les fautes, tu ne t’y complais pas. Alors j’ai dit : Voici, je viens ¬ entête du volume, c’est écrit de moi ¬ pour faire, Elohîm, ton vouloir." » (Hébreux 10, 5-7).
Le Mashiah, dans la pensée juive, était censé incarner toute la puissance d’Elohîm pour sauver le peuple élu, le peuple des consacrés. C’est ce qui s’est fort heureusement réalisé avec l’Adôn Yeshoua, qui par son sacrifice sur la croix, nous a affranchi du pouvoir de la faute et de la chair. Par l’adhérence à son Nom nous avons ainsi le salut. C’est ce mystère là qu’explique Yohanân quand il dit : "la Parole s’est faite chair et a habité parmi nous…". Oui, Elohîm a habité parmi nous par son corps qui est Yeshoua Ha Mashiah. Vous conviendrez donc avec nous qu’on ne pourrait certainement pas assimiler ou faire correspondre le nom Elohîm à Dieu qui, lui, vient du latin Deus qui lui-même vient du grec Zeus (le Jupiter des romains), le roi des dieux de l’Olympe. Dieu est perçu généralement comme un individu, un auguste vieillard à la barbe blanche assis sur un trône de gloire, semblable à celui de Louis XIV, quelque part là-bas dans l’espace intersidéral d’où il gère froidement le monde sur la base de principes physiques, naturels et moraux.
Si Elohîm utilise un langage proche de notre réalité terrestre et charnelle pour s’exprimer, c’est juste pour que nous puissions appréhender son message. Cela est fait dans un but didactique. D’où les expressions telles que "la main d’Adonaï n’est pas courte pour sauver", ni "son oreille lourde…" ou encore les " qui vous touche, touche la prunelle de mon œil…" Ce ne sont là que des images allégoriques et non une description anatomique d’Elohîm. Dans le souffle, les réalités sont bien différentes des choses et des réalités charnelles.
Aussi, rassurez-vous, Elohîm n’est pas zoomorphique comme les dieux égyptiens et encore moins un proto-humanoïde comme les dieux gréco-romains, selon qu’il est écrit : « Oui, moi-même je suis Él, pas un homme. » (Osée 11, 9). En effet, Elohîm est Souffle, selon qu’il est aussi écrit : « Elohîm est souffle : ceux qui se prosternent devant lui doivent se prosterner dans le souffle et la vérité. » (Jean 4, 24).
Or le souffle, en hébreu « Rouah », on ne cessera de le répéter, est une énergie, LA VOLONTE. Et ce n’est pas le Shaliah Yohanân qui nous dira ici le contraire : « Ce qui naît de la chair est chair; ce qui naît du souffle est souffle. Ne t’étonne pas que je te dise : vous devez naître d’en haut. Il souffle où il veut, le souffle, et tu entends sa voix. Mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va; ainsi de tout natif du souffle. » (Jean 3, 6-8).
Donner une forme à Elohîm revient à définir l’infini, ou disons, l’indéfinissable. Si humainement nous ne pouvons donner de limites au cosmos avec ses milliards de galaxies, de systèmes solaires, de planètes et de trous noirs, combien plus, à fortiori, pourrons-nous délimiter Elohîm, le Créateur de tout l’Univers, qui est infini ? Elohîm est souffle et il faut que ceux qui se prosternent devant lui, se prosternent dans le souffle et la vérité.